mardi 5 janvier 2021

Incarnation (vf)




Vous aimez la psychologie? Vous risquez d'aimer ce texte alors! Pour la première fois, je parle plus en détails de ce que je vis par rapport au film JOKER, et ce que cela vient chercher, les mécanismes, etc. Cela m'a pris beaucoup de temps pour décider de le faire, car je trouve cela gênant. Par contre, je veux démystifier tout ce qui est en lien avec la santé mentale, donc je crois important de le partager. 
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En 2013, internée. Ils m'ont diagnostiqué une personnalité obsessionnelle-compulsive (entre autres), mais aussi TPL (borderline), bipolaire, anxiété chroniques, troubles schizoides, phobie sociale etc. 
Laissez-moi  vous parler de ce clown, ce JOKER. Je n'avais aucune idée de quoi  parlait le film au tout début. Il venait de sortir au cinéma. J'entendais souvent parler des gens qui avaient comme propos que c'était un chef d'oeuvre, d'autres que cela excusait la violence. Je n'ai écouté personne, et je suis entrée dans la salle, le popcorn en mains qui tombait par terre. J'avais trouvé un siège, presque personne présent. Les lumières se sont éteintes.

C'est drôle, parce que quand je pense aux gens qui ont vu le film, je m'imagine un mec, bon, on va l'appeler..Marc. Je le vois, il sort avec sa copine, et lui dit comment le film l'a touché, le personnage a un peu le même vécu. Ils transfèrent au métro Berri, parlent de leur journée au travail. Marc, le lendemain, fait son travail de comptable. Des mois plus tard, il se souvient peu du film, mais le visionne de nouveau chez un ami avec une bière. Le lendemain, il prépare deux meetings au travail, le clown loin dans sa tête. Je suis comme Marc habituellement avec les films. Je suis pas cinglée, bon ok, oui un peu. Mais je suis pas comme Marc du tout, avec JOKER... Mais que s'est-'il passé durant le visionnement?

J'imagine que vous avez un film fétiche? Tsé celui dont tu connais les répliques? Le film que t'as découvert en X année, puis que t'as étudié.
Ouin.
Soft, comme comparaison.
Mais ce n'est pas My Strange Addiction, non plus.

Suivez-moi, ça s'en vient, le sujet principal!









C'est à un tel point étrange comme le film Joker est entré dans mes veines comme un corps assoiffé de drogues dures. Première fois qu'un film provoque une telle réaction en moi; autant que c'est la beauté de toutes les images et prises de vue que les couleurs qui se métamorphosent dans chaque scène, que les personnages et la ville entourant Arthur rendent le tout époustouflant, me rendant pratiquement ébahie. La musique à elle seule joue certainement un grand rôle dans la grandiosité des émotions que ce film fait en moi chavirer. La musique retranscrit, en perfection, chaque émotion, chaque seconde. Et elle me traverse, en plus de l'émotion de la scène, dans mes tripes, dans ma peau, dans mon âme. Ce film est venu toucher mon vécu et mes ressentis, qui sont si semblables que j'en vis un choc.
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Une mélancolie si palpable à chacune des notes, une tristesse immonde dans chacun des moments joués par Joaquin, qui demeure encore pour moi un talent plus que phénoménal. J'ai la chair de poule et les larmes qui se déversent à la simple pensée de ce film; le premier film mettant en avant plan aussi bien les multitudes de traumatismes que la vie peut m'avoir infligé mais aussi les désirs que j'ai déjà eu (accompagnés également de culpabilité) d'achever ma propre mère m'ayant si longuement abusée, attachée, pendant que je pleurais et m'étouffais. J'ai tant de similitudes avec le personnage que j'en ai presque peur; je sais qu'une partie de mes émotions qui chavirent viennent directement de tout ça. Mais ce serait fou de ne pas mentionner à quel point la musique est poignante, elle-même est un personnage dans le film, comme la ville. J'aimerais être capable de pouvoir exprimer à quel point ce film vient chercher en moi tellement de choses que je n'ai jamais auparavant vécues, et lorsque je pleure en l'écoutant, en le regardant, je vois certes une retranscription sur écran de moi-même et ma vie dans une quelquonque métaphore, mais aussi des événements qui ont failli se produire, des types d'événements qui se sont aussi produits. Lorsque j'étais clown, me suis fait intimider, lorsque j'ai failli tuer un gars qui m'a intimidée pendant si longtemps, mais aussi violentée, lorsque des policiers m'ont violentée, lorsqu'un système s'est mis à me laisser tomber ou complètement m'oublier comme trop de personnes d'ailleurs, lorsque j'étais à l'école secondaire et que pendant si longtemps j'étais si mal en vivant à la maison dans l'abus extrême, et dès que j'arrivais à l'école c'était intimidation par dessus violence par dessus crachats et coups de poing, c'est par instinct de survie que je me suis inventée un amoureux, Patrick, qui dans ma tête était bien réel, quasiment une hallucination, je me procurais ces moments  dans ma tête pour me procurer un semblant de bonheur que je ne pouvais pas être en mesure d'obtenir autrement. 






Maintenant, faisons une petite pause si vous voulez bien d'accord?
J'aimerais parler avec vous d'un truc de psychologie.
Un truc que j'ai découvert il y a environ un mois, une psy m'en avait parlé.
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-Qu’est ce qu’une relation parasociale ? -
Une relation parasociale (RPS) définie l’attachement qu’un téléspectateur développe envers un personnage fictif, ou une personnalité médiatique. Certains côtés de cette relation sont comparables à une « vraie » relation interpersonnelle (Perse & Rubin, 1989). 
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Les études tendent à montrer que la RPS  grandissante avec un personnage serait plus forte en fonction du niveau d’affinité que nous partageons avec lui / elle. De plus, l’identification et la les points communs perçus avec cette personne, aussi nommée homophilie, sont des éléments forts du processus (Tian & Hoffner, 2010; Turner, 1993; Kronewald, 2008). Cette relation est renforcée par un haut niveau d’attractivité perçue, ainsi que par le réalisme du personnage, physique, attitudinal ou lié à une tâche (Knoll, Schramm, Schallhorn, & Wynistorf, 2015; Schiappa, Allen and Gregg, 2007; Turner, 1993). 
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En d’autres mots, le plus vous ressentirez de l’affinité pour ce personnage, et le plus vous l’estimerez semblable à vous, ou proche de la personne que vous souhaiteriez être, plus grande sera votre tendance à créer une relation avec lui/elle.  (ici on ne parle pas de relation amoureuse, ça peut seulement mentalement se sentir proche)

"Les relations parasociales avec des personnages fictifs sont plus intenses qu'avec des personnages non fictifs, en raison du sentiment d'être complètement présent dans un monde fictif. Il y a un désir de camaraderie qui peut être construit en créant des liens sur un personnage fictif. 

Bien que les relations parasociales ne soient pas «réelles» dans la mesure où les personnes impliquées ne se connaissent pas ou n'interagissent pas en face à face, les effets psychologiques des relations peuvent être réels. Et cela peut être une bonne chose. Dans une étude sur les relations parasociales et l'estime de soi, Jaye Derrick, professeur adjoint de psychologie à l'Université de Houston, a découvert que les relations unilatérales encourageaient les personnes ayant une faible estime de soi à être plus orientées vers leurs objectifs et plus à l'aise peau. «Nous avons constaté que les relations parasociales aident les personnes ayant une faible estime de soi à se sentir plus proches de leur moi idéal», dit Derrick.

Mais comment expliquer que l’on puisse tisser ce type de relations avec des personnes dont on sait parfaitement qu’elles n’existent pas?

Tout d’abord, la narration nous amène à partager les moments-clés de l’existence de ces personnages de même que des scènes intimes, généralement réservées aux proches. Elle nous donne aussi accès à leurs pensées, leurs sentiments, leurs souvenirs. Nous avons donc l’illusion de réellement connaître Daenerys, ou Jon, ou Sansa. Un effet encore amplifié lorsque nous côtoyons les personnages sur une très longue durée, comme dans le cas d’une série ou d’une saga littéraire qui se déroulent sur plusieurs années et nous conduisent à assister à l’évolution des protagonistes. D’où, probablement, le sentiment de trahison que l’on peut ressentir lorsque soudain ces personnages se mettent à se comporter d’une façon que l’on considère comme aberrante par rapport à l’image que l’on s’était forgée d’eux…

Par ailleurs, les personnes munies d’une faible estime de soi tendront plus facilement que les autres à nouer de fortes relations avec des personnages qui ressemblent à leur « soi idéal », et pourront, de par ce lien, se sentir elles-mêmes plus proches de cet idéal – ce qui permettra d’accroître leur estime de soi. Un effet que l’on ne constate pas avec des relations réelles: en effet, les personnes qui manquent d’estime de soi ont souvent du mal à faire confiance aux autres dans une relation, car elles craignent sans cesse d’être rejetées. Ceci les empêche d’en retirer les bénéfices en termes de perception et d’estime de soi. Les relations parasociales, dans lesquelles on ne court aucun risque d’être rejeté par l’autre, peuvent donc jouer un rôle crucial pour le bien-être de ces personnes.

« Nos cerveaux ne sont pas vraiment conçus pour distinguer une relation réelle d’une relation fictive, explique Jennifer Barnes. Ces amitiés peuvent cependant donner des avantages dans le monde réel ». Car ces amitiés fictives boosteraient l’estime de soi et diminueraient la solitude selon la spécialiste. (En passant les relations parasociales, il y en a qui le vivent avec des célébrités, et ça devient très intense dans leur cas...)

McCutcheon (2002) a proposé le modèle d'absorption-dépendance pour expliquer les relations parasociales. Elle suggère que les gens s'engagent dans le culte des célébrités pour compenser certaines lacunes de leur vie, telles que la difficulté à nouer des relations intimes, un mauvais ajustement psychologique et un manque d'identité. Former des relations parasociales avec une célébrité leur permet d'atteindre l'épanouissement qui leur manque dans la vie quotidienne et ajoute un sentiment de but et d'excitation.

D'autres psychologues utilisent la théorie de l'attachement de Bowlby et les types d'attachement d'Ainsworth pour expliquer le culte des célébrités. La théorie de Bowlby prédit que les personnes qui n’ont pas tissé de lien fort avec un soignant principal dans la petite enfance essaieront de trouver un substitut de l’attachement à l’âge adulte, et s'engager dans des relations parasociales leur permet de le faire.

De plus, selon la description des types d'attachement décrite par Ainsworth, les personnes qui ont noué des relations insécurisées et résistantes avec leur soignants/parents dans la petite enfance seront plus susceptibles de former des relations parasociales, car elles ont trop peur des critiques et du rejet qui en font partie. des relations de la vie réelle. Comme l'ont démontré les conclusions d'Ainsworth dans l'étude Strange Situation, les enfants résistants à l'insécurité étaient très collants à leur mère, montraient un comportement moins explorateur que les enfants d'autres types, car ils ne se sentaient pas suffisamment en sécurité pour quitter un parent et montraient une grande détresse lorsque leur mère a quitté la pièce.

Pour ma part, au tout début vers le mois de Mai, je ne comprenais pas ce que le film venait autant chercher. J'ai réalisé par la suite que ce sont les mêmes traumatismes, et au début mon obsession était malsaine et destructive. Par contre avec le temps, cela débouche sur BEAUCOUP de création, cosplay (ou plutôt incarnation du personnage je dirais), écriture. Je n'ai pas accès a la thérapie (pauvreté + liste d'attente), et j'ai vu que c'est ma manière, en attendant.

"«L'immersion dans les mondes narratifs peut créer des opportunités de croissance dans lesquelles les expériences, les perspectives et la connaissance des personnages de fiction incitent les lecteurs à se développer», soutiennent les auteurs, soulignant que les relations parasociales peuvent fournir des modèles de rôle «en particulier pour ceux qui sont temporairement ou chroniquement isolés, ceux qui ont des relations sociales limitées ou ceux qui ont eu une enfance, adolescence trouble, sans modèles en tant que parents.»
Fin du segment d'explication psychologique
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J'ai la chair de poule et les larmes à la seule pensée de ce film; le premier film mettant en lumière autant les multitudes de traumatismes que la vie m'avait infligés mais aussi les désirs que j'avais déjà (accompagnés également de culpabilité) de mettre fin à la vie que ma propre mère m'avait abusée pendant si longtemps, liée alors que je pleurais et étouffé. J'ai tellement de similitudes avec le personnage que j'en ai presque peur; Je sais qu'une partie de mes émotions de chavirement vient directement de cela. Mais ce serait fou de ne pas mentionner à quel point la musique est mélancolique, elle-même personnage du film, comme la ville.



J'aimerais pouvoir exprimer comment ce film arrive à trouver en moi tant de choses que je n'ai jamais vécues auparavant, et quand je pleure en l'écoutant, en le regardant, je vois certainement une transcription à l'écran de moi-même et de ma vie dans une certaine métaphore, mais aussi des événements qui ont failli arriver, des types d'événements qui se sont également produits. Quand j'étais clown, j'ai été victime d'intimidation, quand j'ai failli tuer un mec qui m'avait intimidé pendant si longtemps, mais aussi abusé, quand la police m'avait maltraité, quand un système a commencé à m'oublier complètement comme trop de gens d'ailleurs, quand J'étais au lycée et pendant si longtemps C'était si mal de vivre à la maison dans des abus extrêmes, et dès que je suis arrivé à l'école, c'était du harcèlement à cause de la violence à cause des crachats et des coups de poing, c'est par instinct de survie que je me suis inventé un imaginaire copain, Patrick, qui dans ma tête était bien réel, presque une hallucination, ça m'a donné ces moments dans ma tête pour me donner un semblant de bonheur que je ne pourrais peut-être pas obtenir autrement.




J'ai eu envie de tuer mes multiples agresseurs. Je voulais tuer ma mère qui m'a menacé avec un couteau à 16 ans, et qui en même temps m'a forcée sexuellement avec ses amis, ce qu'elle a permis. J'aurais tué et je serais probablement devenu un délinquant pour tant de gens. Mes multiples problèmes quand je n'avais pas l'argent pour moi acheter mes médicaments, quand je n'avais pas accès à un médecin pour renouveler ces ordonnances, quand je n'avais que des pensées noires et que je sentais qu'on écoutait à peine ce que je disais, quand j'étais faussement accusé au travail et j'étais un clown, quand je riais fort et fort au lycée et que c'était ma façon de surmonter toute la douleur, j'étais seul mais aussi hyperactif , et je m'étouffais de rire à cause de l'asthme, me sentant immédiatement douleur dans les bronches.


Ici à Montréal, je suis en mauvaise santé et très pauvre. Pour la thérapie il y a une liste d'attente trop longue dans les services gratuits et ils ont coupé les services , comme Arthur.


Mes larmes sont pleines de mélancolie et de tristesse, de rage, mais aussi mes larmes coulent car tant de beauté réside dans chacune des scènes, je ne peux même pas exprimer avec précision la profonde admiration que j'ai pour le talent que possède Joaquin. Vers la beauté de la musique et l'émotion poignante qu'elle exprime. Le talent pur et brut en admirant toutes ces couleurs et clichés qui font ressortir à nouveau en moi l'envie cachée d'être directrice de la photographie.


Voici pourquoi, donc, en faire le cosplay et de créer autant en lien avec ce film, me libère. C'est thérapeutique. C'est un filtre sécuritaire pour me libérer de mes émotions.

Maintenant, je vous laisse sur quelques vidéos qui m'ont rendue très émotive, qui vous ferons aussi peut-être comprendre davantage le lien que je fais avec le film et ma vie, pour ceux aussi qui la connaissent. https://www.youtube.com/watch?v=40sJL6welLg

Ce film du JOKER, je ne me reconnais pas pour rien. C'est l'histoire d'un homme fragile dont la société n'a pas pris soin et qui va survivre quand même. A force de traiter les pauvres gens comme des pantins, de les faire passer pour des clowns, ils le deviennent. Des clowns fous et incontrôlables, sans peur ni futur.
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JOKER nous met en garde contre le manque d'égards, de regards, d'écoute, d'indifférence face à la différence, face à la détresse, face à la pauvreté. Ce film nous prévient des conséquences à redouter si on ne change pas cette société méprisante, discriminante, superficielle, audiovisuelle, fardée. Robert de Niro incarne obséquieusement cette Amérique dégradante. Il va falloir admettre que la foule anonyme, dans l'ombre, qui disparaît des priorités budgétaires, ressemble aux rats dont on dit qu'ils propagent la peste. Les oubliés, les misérables, ceux qui font les poubelles, vont devenir fous à force d'être niés et rien ni personne ne pourra les arrêter quand ils viendront se venger.









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